Carnet de Voyage – Nord Chili et Argentine

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Cuesta de Miranda

19 Déc Carnet de Voyage – Nord Chili et Argentine

Après cette rude épopée en Bolivie, nous rejoignons de nuit, San Pedro de Atacama. Petit village touristique, véritable oasis au milieu du désert d’Atacama, situé au pied de l’imposant volcan Licancabur.  Les rues sont propres, les devantures en bois des commerces et habitations sont jolies et travaillées. Les touristes sont présents en masse, ça parle français, anglais, allemand… Des femmes seules se promènent tranquillement de nuit dans les rues, c’est rassurant. Les commerçants sont souriants, les menus des restaurants alléchants. Il est 21h30, on trouve un hostel pour s’y reposer et on mange bien!  Je suis heureuse de retrouver la civilisation et des marqueurs connus…

Evidemment, si l’on part en voyage c’est pour découvrir de nouvelles choses, faire des rencontres et apprendre des autres cultures, mais retrouver des gens sympathiques, manger des plats cuisinés, ne plus avoir froid, pouvoir prendre une douche chaude et dormir dans un vrai lit… Ça fait un bien fou au moral!

C’est là que Stéphane nous quitte.

Avec Axel on part visiter la Vallée de la lune: paysages désertiques, dunes de sables et formations rocheuses…

Vallée de la Lune

Vallée de la Lune

Vallée de la Mort

Vallée de la Mort

En prenant la direction de l’Argentine, nous longeons le désert d’Atacama avec ses déserts de sel et mines de lithium, petit passage au niveau du tropique du capricorne et on recommence à grimper!

Laguna Tuyaito - Atacama

Laguna Tuyaito – Atacama

Col à 4558m, on redescend au poste frontière chilien pour sortir du pays puis on remonte à 4450m par le Paso Sico. Les paysages sont époustouflants, des couleurs jamais vues auparavant, coulées de lave, pyramides de cendre, crevasses dans le sol… Incroyable! Je suis sous le charme, mais encore un passage frontière difficile pour les jambes, du vent et des nuits à -15 degrés. Clairement on pédale en doudoune!

paso sico 1

Arrivée Paso Sico

paso sico 2

Crevasse Paso Sico

paso sico 4

Cratère Paso Sico

paso sico 3

Pyramides Paso Sico

D’ailleurs le passage côté argentin se fera 1h avant la tombée de la nuit, rien aux alentours, la gendarmerie du poste nous offre une maison pour la nuit avec tout le confort nécessaire: douche chaude, vrai lit, cuisine, chauffage et eau potable! (Encore Merci)

La suite sera une route sans asphalte pour rejoindre San Antonio de Los Cobres (mine de cuivre), c’est là que nous rencontrons Maximiliano et Valeria qui nous proposent de nous héberger pour la nuit dans une pièce de leur local commercial en travaux. On passera la soirée en famille avec leurs deux petits bouts de chou à partager le repas et discuter… Belle soirée.

Soirée avec Valeria et Maximiliano

Soirée avec Valeria et Maximiliano

Demain sera le dernier jour de rassemblement des pèlerins venus de tout le pays pour célébrer la vierge à Salta…

Ils nous expliquent la signification  des montagnes de bouteilles plastiques en bord de route, aux côtés des stèles ou petits autels qui rendent hommage à différents saints ou proches défunts. Les croyances de leurs ancêtres veulent qu’à la fête de la Pacha Mama (Août) on leur rende visite, en leur apportant boissons et/ou nourriture pour leur faire plaisir et leur rappeler les bonnes choses qu’il y avait sur terre. Les bouteilles de soda font l’affaire, mais les bouteilles de bière aussi… Ils nous disent qu’ici aucune célébration ne se passe sans alcool… On boit donc les bouteilles et on les dépose à côté de la croix!

Hommage à la Difunta Correa

Hommage à la Difunta Correa

Le lendemain nous choisissons de contourner Salta et d’éviter les foules. Nous redescendons en altitude et les températures remontent jusqu’à 35 degrés… Quel bonheur, mais ce changement radical est difficile à surmonter sur nos deux roues.

Passage par le parc de Las Conchas sur la route menant à Cafayate, de toute beauté avec ses cours d’eau et ses roches rouges… Malheureusement le vent est violent et de face. Une fois sortis des gorges qui nous protégeaient un peu, nous mettrons plus de 2h pour atteindre Cafayate qui se trouve à 20km!

Quebrada de Las Conchas

Quebrada de Las Conchas

Nous sommes prêts à entamer la mythique route 40, qui traverse tout le pays du Nord au Sud.

Cette partie est censée être « facile » et relativement plate, bref on va pouvoir reposer un peu nos corps et nos esprits avant de remonter un col à travers les Andes pour rejoindre Santiago.

Mais la vie d’un BikeTripper n’est jamais « facile ». Le vent sera là pour nous freiner (les 15-20km/h habituels sur du plat, se transforment en 8km/h, déprimant) et les routes sont remplies de « badenes » sortes de creux/cuvettes sur la route pour que l’eau débordante des rivières n’inonde pas entièrement les voies… En gros ça ne fait que monter et descendre, pas haut mais rien à voir avec ce à quoi je m’attendais.

Sur la Route 40

Sur la Route 40

On commence par la route des vins avec des vignes à perte de vue.

Le vent tourbillonne même si nous l’avons principalement de face. On voit des mini tornades se former et souvent venir sur nous… Elles nous apportent des cadeaux comme du sable par exemple où chaque grain vous fouette la peau lors de son passage et vous oblige à vous arrêter pour maintenir votre vélo. Une fois, le vent m’a envoyé valser de l’autre côté de la route et m’a littéralement couché au sol, le poids du vélo en prime… Pas de tout repos!

Ensuite on passe par les parcs géologiques et paléontologiques d’Ischigalasto et de Talampaya qui datent de l’époque du Trias (apparition des dinosaures)…

Squelette de Lessemsaurus

Squelette de Lessemsaurus

Petite journée pluie à 2 degrés, je suis frigorifiée, on fera une pause ce jour là après 40km pour rejoindre un village et un Hôtel.

Nous rebaptiserons la route 40 comme la route maudite: chaque jour son petit tracas.

Lors du gros tremblement de terre à 400km au nord de Santiago, nous étions en Argentine et n’avons rien ressenti. Par contre la seconde réplique un mois plus tard, nous l’avons bien senti, en pleine nuit avec le lit qui bougeait tout seul… Belle frayeur mais rien de grave. Ici on est habitué apparemment!

Après cet épisode sismique, on rejoint San Juan puis Mendoza, grande ville aux airs d’Italie.

De là, on bifurque pour lentement remonter dans les Andes. En chemin on croise Claus, guide de haute montagne autrichien qui est sur les routes depuis 11 ans! On pédalera quelques jours ensemble.

Le passage frontière s’annonce corsé… Ce sera une galère sans nom.

Nous avions prévu deux jours pour arriver au col du Cristo Redentor. Seulement la neige fait des caprices (nous sommes au printemps ici et normalement il ne devrait plus y en avoir depuis un mois), la Police nous arrête dans notre ascension et nous propose de camper sous le porche d’entrée du poste car il n’y aura bientôt plus aucune visibilité et nous allons nous retrouver en plein milieu d’une côte, dans la nuit sans rien autour et sans abris…

Nous nous retrouvons donc à 6 à squatter sous l’abris: Claus, un couple de Suisse sur les routes depuis deux ans, Axel, moi et une petite chienne labrador (encore !) qui nous suit depuis 42km!

Cuidado...

Cuidado…

Le lendemain matin la Police nous informe que la frontière est toujours fermée pour cause de mauvais temps  et nous conseille de redescendre au village d’où nous étions partis la veille… Non! Nous remontons tous sur nos vélos et continuons l’ascension pour arriver au village situé 6km avant le tunnel international et ainsi être au plus près dès qu’il rouvrira.

Obligés de dormir dans un hostel miteux car ici personne ne souhaite nous aider et nous offrir un toit pour la nuit. La gendarmerie nous propose même de payer 15€/pers pour dormir dans leurs locaux???!! (Qui ne tente rien n’a rien… Mais un peu gonflé tout de même l’officier!)

Pour la petite anecdote, pensant passer la frontière en 2 jours, nous avions prévu de quoi manger pour 3 jours et dépensé nos pesos argentins jusqu’au dernier centimes. Il nous restait l’équivalent de 10€ en pesos chilien au cas où pour l’arrivée au Chili. Nous les dépensons pour l’hostel! Si vous êtes bon en calcul, vous aurez compris qu’on se retrouve donc sans nourriture et sans argent… Puisque nous payons l’hostel argentin, avec nos pesos chiliens, et ici il n’y a aucun distributeur CB. Il faut partir d’ici au plus vite!

Le lendemain il ne neige plus, petite éclaircie mais la frontière est toujours fermée. Il faut tout de même savoir que cette route est la seule voie terrestre pour les passages commerciaux. Je vous laisse imaginer le nombre de camions bloqués au village tout en bas à 60km de là (environ 2000 par jour) et les pertes économiques que cela entraîne.

Puente del Inca

Puente del Inca

Axel part se renseigner auprès des gendarmes, pas de prévisions d’ouverture, personne ne sait… Lorsqu’un potentiel créneau apparaît, il demande à un pick-up de nous faire passer les 10km de frontière, Juan et Alexis sont d’accord. Nous sommes sauvés, le Paso ouvrira 2 petites heures (impossible à passer en vélo durant ce laps de temps) avant de refermer pour 4 jours! Pas le temps d’attendre, nous sommes à sec, et il est hors de question que notre vol pour l’île de Pâques nous passe sous le nez! Oui, On a triché Mais chut c’est un secret…

Juan et Alexis nos sauveurs

Juan et Alexis, nos sauveurs

Lors de notre arrivée à Santiago, Mayo et Alvaro nous accueillent chez eux dans leur « casa de ciclista », la meilleure de la capitale! Ils font partie du réseau warmshower qui consiste à proposer de l’aide et généralement un hébergement aux cyclistes de passage, sans aucune contrepartie financière. On passera quelques jours bien sympathiques en leur compagnie à en apprendre un peu plus sur le Chili et à leur mijoter de bons petits plats.

 

Mayo et Alvaro, Casa de ciclista Santiago

Mayo et Alvaro, Casa de ciclista Santiago

Santiago, Plaza de Armas

Santiago, Plaza de Armas

Maintenant, nous laissons nos vélos pour une semaine de repos sur l’île de Pâques… Avant de continuer vers le Sud du continent.

1Commentaire
  • Perotta
    Posté à 07:47h, 20 décembre

    Merci pour cet article qui nous permet de mieux comprendre la dure réalité de ce périple, de découvrir et voyager grâce à vos superbes photos . Heureusement que les belles rencontres humaines et animales sont présentes pour solidifier votre pugnacité et rage de relever votre défi. Vous méritez bien le nom d’Aventuriers avec un grand « À ». Je suis très fière de vous et pleine d’admiration !

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